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13 juillet 2026

Du cahier d'adolescente au premier roman publié

Le chemin a été long, traversé par un deuil, par des silences et par un cahier que je n'ai jamais pu récupérer. Je vous le raconte sans en effacer les détours.

J'avais dix ans quand j'ai commencé à écrire. Ma tante a été la première personne à croire en moi, bien avant que je sache moi-même que j'avais quelque chose à dire. Elle me répétait de croire en mes rêves, en mon talent, à un âge où je ne comprenais pas encore à quel point ces mots-là resteraient en moi pour toujours.

Quand elle est partie, l'écriture est devenue mon refuge. Chaque page que je remplissais m'apaisait un peu. C'était ma façon de me retrouver, de guérir, d'exister quelque part sans avoir besoin de me justifier. Pendant longtemps, j'ai gardé ces histoires pour moi seule, comme un secret précieux.

Au secondaire, j'ai fini par les confier à ma meilleure amie. Elle les a aimées, et son soutien m'a donné une confiance que je n'avais jamais osé avoir. Nous sommes même allées jusqu'à transformer certaines de mes histoires en petits films tournés avec nos téléphones, c'est là que j'ai compris que ma passion ne s'arrêtait pas à l'écriture : elle s'étendait aussi au cinéma, à la mise en scène, au récit sous toutes ses formes.

Portée par cet élan, j'ai trouvé le courage de dire à ma mère : « Je veux travailler dans le cinéma. » Sa réponse a été sans détour : elle ne payerait pas mes études pour ça, et je devais oublier cette idée. Ces mots m'ont blessée profondément. À partir de ce jour, j'ai recommencé à écrire en cachette, comme on protège une flamme qu'on nous interdit d'allumer.

Je n'ai jamais abandonné. Je remplissais cahier après cahier. Et puis un jour, ma mère en a trouvé un. Elle l'a brûlé.

Je ne saurais dire autrement à quel point cela m'a dévastée. J'ai traversé des mois de tristesse profonde, avec l'impression qu'on m'avait arraché une part de moi-même, la seule à travers laquelle je savais vraiment m'exprimer. Pour ma mère, des métiers comme la médecine, le droit ou l'enseignement représentaient un avenir sérieux. Le cinéma, l'écriture, n'en faisaient pas partie. Nos silences sont devenus plus longs que nos conversations. Je me sentais seule, incomprise, privée du seul rêve qui me faisait vraiment vivre.

Pendant un temps, j'ai cessé d'écrire. J'ai essayé de me convaincre que cette passion appartenait au passé. Mais malgré moi, je continuais à griffonner des phrases, des idées, des débuts d'histoires sur des coins de feuille, comme si l'écriture refusait, elle aussi, de me quitter tout à fait.

Après le baccalauréat, j'ai entamé des études de médecine, comme ma mère le souhaitait. J'ai essayé de m'y reconnaître, de faire ce qu'on attendait de moi. Mais j'avais le sentiment de vivre une vie qui n'était pas la mienne. Même à l'université, l'écriture me rattrapait. Au moindre instant libre, j'écrivais. C'était encore, et toujours, mon espace de liberté.

C'est à cette période que j'ai rencontré quelqu'un qui a cru en moi comme personne avant lui. Il me répétait que j'avais du talent, que mes rêves comptaient, qu'ils méritaient d'être pris au sérieux. Il voyait en moi une force que j'avais parfois du mal à voir moi-même. Pour la première fois depuis longtemps, je me suis sentie comprise, et cette confiance retrouvée m'a donné la force de continuer à écrire, sans me cacher.

Un jour, je lui ai envoyé une histoire que je venais de terminer. Il m'a simplement dit : « Tu sais, ça pourrait devenir un roman. » J'écrivais surtout des scénarios jusque-là, mais quand on n'est pas encore connue dans le milieu, publier un roman ouvre souvent la porte plus facilement.

Entre-temps, j'ai immigré aux États-Unis, une nouvelle vie, une occasion de repartir et de me donner enfin pleinement à ce que j'aimais. Il a pris cette histoire avec moi : il a travaillé la mise en page, relu chaque page, amélioré le projet avec une patience infinie, et m'a aidée à transformer un rêve d'enfance en quelque chose de réel. Chaque jour, il m'encourageait à continuer, à croire en moi.

Je ne sais toujours pas comment exprimer toute ma gratitude. J'ai eu, au fil des années, des amis qui ont cru en moi. Mais lui n'a pas seulement cru. Il a agi à mes côtés. Et cela, pour moi, vaut plus que tout l'or du monde.

Ce chemin m'a appris une chose simple et essentielle : il ne faut jamais renoncer à ce qu'on aime, peu importe les obstacles, les refus ou les silences qui pèsent. Si une passion vous fait vibrer, si elle vous fait sentir pleinement vivant, alors elle mérite d'être poursuivie, même quand le monde autour de vous ne la comprend pas encore.

Je n'ai jamais cessé d'aimer écrire. Et aujourd'hui, je suis fière d'avoir continué à croire, jusqu'au bout, en ce rêve.

Et vous, avez-vous déjà dû protéger une passion contre l'avis de ceux que vous aimiez le plus, et qu'est-ce qui vous a aidé à tenir bon ?

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